Du désespoir à l’espérance

Dernière-née d’une famille espagnole comptant quatre garçons et quatre filles, je suis venue au monde à Madrid. Notre famille était profondément engagée dans l’Église catholique. Une de mes tantes, Maria Josefa Segovia, était la co-fondatrice d’un ordre religieux séculier appelé “Institucion Teresiana”, consacré à l’enseignement.

Mes premières années

Quand j’ai eu deux ans, avec deux de mes sœurs, j’ai été placée dans un pensionnat rattaché à un couvent. En semaine, nous vivions dans une maison tenue par des membres de l’ordre qui enseignaient dans un établissement public. Le week-end, nous rentrions chez nos parents. Ma mère venait parfois nous voir l’après-midi, puis s’occupait de nous faire manger le soir. De deux à sept ans, j’ai reçu là mon éducation de base. Dans cette maison se trouvait une petite chapelle avec un autel et un tabernacle. Là, dès ma plus tendre enfance, je me suis familiarisée avec toutes les pratiques religieuses catholiques: j’ai appris à prier, à me signer avec l’eau bénite, à suivre le rituel de la messe et des autres sacrements.
À cinq ans, je me suis confessée pour la première fois à un prêtre, et à six ans, je me suis préparée à ma première communion. Sachant alors lire et écrire, j’ai commencé à mémoriser le Catéchisme Catholique d’Astete afin d’obtenir le privilège de la “Sainte Communion”. Je me souviens bien de l’espérance qu’a fait naître en moi cette préparation: je croyais que Jésus était réellement contenu dans l’hostie consacrée, et que de là il viendrait résider dans mon cœur. Je remercie le Seigneur de m’avoir donné une conscience sensible, et de m’avoir rendue réceptive à ce qui le concernait.
Aussi loin que je puisse me souvenir, Jésus était au centre de mes rêveries, de mes aspirations, de mes désirs. Il était mon meilleur Ami. Les “Thérésiens” et ma famille m’ont enseignée sur Dieu, sur la Trinité, et sur Jésus-Christ. J’en savais long sur la vie des saints et des martyrs, sur l’histoire de l’Église primitive (vue sous l’angle catholique), sur les héros dont les destins exemplaires jalonnent l’histoire, et sur bien des personnages bibliques.
Je désirais ardemment imiter ces personnages, plaire à Dieu et lui consacrer ma vie. Avec ferveur, je m’efforçais d’obéir à tous les préceptes de l’Église: la messe quotidienne, la confession, la communion, le jeûne, l’aumône, les prières pour les morts du purgatoire, les indulgences, etc. À l’école comme à la maison, nous récitions le chapelet. Je priais aussi quand j’étais seule. Dans la sacristie de la chapelle de l’école, je rendais régulièrement tous les services que je pouvais.
À partir de l’âge de sept ans, j’ai fréquenté différentes écoles catholiques privées, d’abord à Madrid, puis dans les monts de Cordoue dans le sud de l’Espagne, ensuite en Castille, à Avila, “ville des saints et des chevaliers”, et enfin à Burgos. Demeurant toujours loin de ma famille, à chaque nouveau déracinement je m’investissais davantage dans mon attachement personnel au Seigneur.

Je me lie par un vœu personnel

À quatorze ans, j’ai ressenti un appel à me consacrer à Dieu pour lui appartenir exclusivement. J’ai demandé à mon confesseur la permission de prononcer un vœu de chasteté personnel. Un des jours les plus heureux de ma vie fut le 21 janvier 1961, où je me suis engagée envers le Seigneur par ce vœu. Désormais, je portais au doigt un “anneau de fiançailles”. Le but de ma vie semblait se préciser: je voulais être missionnaire. J’ai terminé mes études secondaires avec le projet de devenir infirmière afin d’être plus utile sur le champ de mission.
À dix-sept ans, j’ai fait part à ma famille de mon désir d’entrer dans une école d’infirmières pour devenir ensuite missionnaire, mais les miens ne m’ont pas encouragée. Ils m’ont répondu qu’ils ne pourraient m’apporter aucune aide financière, et qu’il me fallait trouver un emploi le plus rapidement possible.

Un temps de liberté sans frein

Après mon départ du lycée, j’ai eu une adolescence difficile. Tout en habitant avec ma famille, j’ai goûté une liberté inconnue jusqu’alors. Je n’avais ni la force ni la maturité spirituelle nécessaires pour faire face à mes problèmes. J’avais beau me réfugier dans les sacrements pour me “ressourcer”, comme on m’avait appris à le faire, je restais impuissante et vulnérable, perdue dans cette nouvelle existence au sein du monde. Retombant toujours dans les mêmes péchés, je n’arrivais pas à me maîtriser. J’ai trouvé un emploi rétribué, mais les besoins financiers de ma famille étaient tels que je n’arrivais pas à mettre suffisamment d’argent de côté pour entrer à l’école d’infirmières.
Je me suis alors mise à fumer et à boire, et à vouloir profiter de la vie de toutes les manières possibles et imaginables. Parfois une angoisse terrible me tenaillait, tellement je me sentais loin de Dieu. Mon confesseur, un prêtre augustinien, avait scrupule à m’accorder l’absolution, car sans cesse je commettais les mêmes péchés. J’étais en si piteux état que plus d’une fois j’ai été au bord du suicide.

Un nouveau confesseur

Un jour, j’étais dans une détresse telle en sortant de l’église que je me suis précipitée en pleurs dans le monastère dominicain. Un prêtre a vu que j’essayais de me cacher dans un coin, et m’a demandé pourquoi je pleurais. Nous avons commencé à parler. Il attendait patiemment que je parvienne à formuler mes réponses. Il m’a prodigué certains conseils et m’a proposé cette absolution que je désirais tant, mais qu’un autre m’avait refusée. Selon la religion catholique, si je n’obtenais pas la bénédiction du prêtre, Dieu ne me pardonnerait pas. Dès lors, ce prêtre dominicain, le Père Juan Luis Tena, fut mon confesseur et mon conseiller.

Mon entrée au couvent

J’avais presque dix-huit ans, l’âge minimum pour entrer au noviciat des missionnaires “Combonianos”; mais j’ai alors brusquement changé d’avis et pris la décision de rejoindre un ordre cloîtré. On m’a dirigée vers le couvent des Clarisses, le “monastère du Sacré Cœur” à Cantalapiedra près de Salamanque, parce que la mère de mon confesseur et cinq de ses sœurs s’y trouvaient déjà. J’ai commencé à correspondre avec ces religieuses, surtout avec Sœur Maria Gracia. Nous avons décidé qu’au bout de quelques mois, j’entrerais dans ce couvent.
Quand je fis part de ma décision à mes parents, ils ne voulurent pas m’accorder leur permission. Un conflit familial s’ensuivit, mais après bien des luttes, ils m’autorisèrent à entrer au couvent, ce que je fis le 4 février 1965.
Tout au début de ma nouvelle existence, je fus remplie d’une joie et d’une espérance indicibles. En même temps, l’opposition de mes parents me peinait, surtout celle de ma mère qui à regret m’avait permis d’accomplir mon désir le plus cher: appartenir tout entière au Seigneur.

La vie religieuse

Je m’efforçai de m’adapter à cette vie religieuse de pauvreté, de chasteté, et d’obéissance, et au “cloître”, c’est-à-dire à la solitude. La première difficulté, et au début la pire, était de supporter le froid. Dans de tels couvents, l’austérité et la pauvreté entraînaient une privation absolue de confort matériel et personnel. Nous devions manifester notre soumission “au Seigneur” en observant la règle, en travaillant, en priant, en nous disciplinant, en faisant des sacrifices, et même en nous infligeant à nous-mêmes des souffrances physiques. Tout contact avec le monde était exclu, ainsi que tout ce qui pourrait gratifier les sens. Qu’il fasse chaud ou froid, qu’on ait faim ou soif, qu’on souffre, qu’on subisse des humiliations et des privations, il fallait faire comme si la vie était un lit de roses.
Je ne sais ce que ressentaient les autres religieuses, mais tous ces désagréments me paraissaient légers quand je les comparais à mon désir de plaire au Seigneur, de mériter mon propre salut et celui d’autrui. Il nous fallait être, à ce qu’on disait, “co-rédemptrices avec Jésus et Marie”. Notre intercession pour les vivants et les morts faisait de nous le moteur caché, le cœur même de la “sainte Église catholique”. La clé du succès dans la vie chrétienne, nous disait-on, c’était notre vie de prière et de souffrance volontaire.
Il me semblait avoir enfin découvert un havre sûr, où je pouvais pratiquer tous les sacrements. Je menais une vie “sainte”, loin de tout mal, loin du monde; je priais, je travaillais, je m’imposais des souffrances physiques volontaires et faisais constamment des sacrifices. Je respectais la règle de mon couvent, mes voeux de religieuse, et les préceptes de l’Église catholique. Qu’est-ce que le Seigneur aurait bien pu me demander de plus? Ne lui avais-je pas tout donné? En apparence, j’étais obéissante, diligente, honnête, et entièrement dévouée à la gloire de Dieu.
En août 1965 j’ai pris l’habit des Clarisses. Un an après, j’ai prononcé des vœux provisoires, et trois ans plus tard, mes vœux solennels et définitifs. Officiellement, définitivement, j’étais consacrée au Seigneur, “mariée à Christ”; du moins, c’est ce qu’on m’avait appris.

Le cadeau de ma marraine

Ma famille était invitée à la cérémonie de ma prise d’habit. Le 8 août 1965, j’ai été acceptée chez les Clarisses, un ordre franciscain. À la place de mon nom de famille, j’ai reçu celui de “Sœur Maria du Saint-Esprit”. Mes parents, et mes frères et sœurs étaient invités, ainsi que ma marraine. Elle m’a offert une Bible, que la mère supérieure m’a permis de lire. Dans un premier temps, je l’ai lue de la première à la dernière page, mais j’étais loin de tout comprendre. Je prenais plus de plaisir à lire le Nouveau Testament que l’Ancien. Comme je voulais tellement connaître le Seigneur et l’aimer, je lisais constamment ce livre précieux. Je consultais aussi certains passages de l’Office Divin en latin. J’y relevais les références des Psaumes que nous récitions chaque jour, et pendant mon temps libre je les lisais dans ma langue maternelle. Ayant fait du latin au lycée, je n’ai pas tardé à comprendre et à savoir traduire les paroles de notre office liturgique.

Ma soif du Seigneur

J’ai n’ai cessé de relire l’Évangile de Jean au cours de mes neuf années de vie conventuelle. Je ne comprenais toujours pas le chemin du salut, mais je connaissais mieux celui qui me parlait au travers de ce livre. “Je suis le bon berger” (Jean 1:14), disait-il. “Je suis la porte” (Jean 10:7). “Je suis le chemin, la vérité et la vie” (Jean 14:7). “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive” (Jean 7:37). Le récit de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine auprès du puits (Jean 4:1-26) me réjouissait particulièrement et je méditais souvent sur ce passage.
Au milieu du couvent se trouvait un puits entouré d’arbustes et de fleurs. Je m’y asseyais souvent pour prier. De toute ma pensée, de toute ma volonté, de tout mon être j’aspirais à la présence de Jésus, lui disant: “Seigneur, donne-moi à boire, j’ai soif de toi. Je t’en prie, donne-moi de ton eau vive!”
Les années passaient, et j’étais de plus en plus insatisfaite de moi-même. Je voulais devenir meilleure de jour en jour, mais comment faire? Comment satisfaire mon Seigneur? Comment croître dans la sainteté? Angoissée, j’ai lutté au point de perdre mon équilibre physique et émotionnel.
Dans sa prière sacerdotale pour les siens, Jésus a dit: “Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du malin” (Jean 17:15). Cette prière m’interpellait aussi dans mon désir de sanctification: “Sanctifie-les par ta vérité: ta parole est la vérité” (Jean 17-17). Dans ce couvent nous étions entièrement coupées du monde: nous aurions tout aussi bien pu vivre sur une autre planète. Pourtant, dans ce même chapitre, Jésus dit encore: “Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde” (Jean 17:18).
Nous avions essayé de nous persuader que les sœurs cloîtrées étaient “la crème de la crème” des religieuses. De plus en plus, cependant, je me heurtais à des réalités qui démentaient cette conviction. Nous avions trop de règlements et de préceptes semblables à ceux des pharisiens qui méprisaient tant le Seigneur. Par exemple, il existait des discriminations entre les religieuses et les visiteuses, entre familles riches et pauvres. D’autre part, j’entendais souvent dire qu’un “pieux” mensonge permettait de se tirer d’un mauvais pas, de défendre une personne ou une cause; que cela revenait à “se servir habilement de sa main gauche”, et que ce n’était donc pas un péché. Les règles, les traditions, et l’obéissance rigide nous rendaient inaptes à prendre la moindre décision. Mais toujours et partout, les apparences restaient sauves, et il fallait observer mille règles et formalités.

Mes conflits intérieurs

Un conflit intense s’engagea entre ce que j’apprenais au sujet de Dieu et de la vie spirituelle, et la vie que nous menions au couvent. Cela m’a rendue physiquement malade. On m’a emmenée chez un médecin, car tout à coup je suis devenue totalement aphone. La mère supérieure craignait que je n’aie une tuberculose des voies respiratoires, car une autre religieuse était déjà atteinte de ce mal.
Une autre sœur était en si grande détresse qu’elle s’est jetée dans le puits. Ses cris retentissaient dans tout le couvent. Elle n’appelait pas à l’aide, mais donnait libre cours à son indicible tourment d’esprit: “Je suis damnée! je suis damnée !” hurlait-elle. Elle ne savait pas nager, mais elle est parvenue à éviter la noyade, et nous avons pu la sortir de là vivante. Sa panique face la condamnation éternelle m’a beaucoup fait réfléchir. Pendant que nous la retirions de là, la supérieure ne cessait de répéter: “Ma fille, arrêtez de vous condamner vous-même.” Mais la religieuse n’arrêtait pas de gémir: “Je suis damnée.” Aujourd’hui encore, le souvenir de cet événement me remplit de douleur, car beaucoup suivent le même chemin, mettant leur foi dans ce qui est mort et vide.
J’ai passé neuf années au couvent, et au cours des trois dernières, cette lutte intérieure a fait rage en moi sans répit. Je ne comprenais pas pourquoi après avoir été si heureuse au départ, je me retrouvais dans un tel état de frustration. Je me suis tournée vers le père spirituel de ma tante, cette religieuse thérésienne dont j’ai parlé plus haut. À cette époque-là, le Père Amalio Valcarcel était le secrétaire du Supérieur Général des dominicains à Rome. Providentiellement, Dieu a permis que ce prêtre se rende en Espagne et vienne me voir dans mon couvent. Je lui ai fait part de ce que j’éprouvais, ajoutant que j’aimais mieux mourir que renoncer à ma vocation monastique. Sa réponse toute simple m’a aidée à voir clair et à prendre une décision nette.
Avec beaucoup de compassion et de patience, il a dit: “Ma fille, ne vous semble-t-il pas que qu’au cours de ces années de vie religieuse, vous avez connu Dieu, au moins un petit peu?” Devant ma réponse affirmative, il a repris: “Alors ne croyez-vous pas que Dieu est pour vous à la fois meilleur Père et Mère que ne le sont vos propres parents, et qu’il ne veut pas vous torturer? Et que s’il vous veut ici, il vous donnera suffisamment de joie et de paix pour vous permettre de persévérer dans la vie monastique?”

Les ailes de l’aigle

Le cœur brisé, j’ai reconnu que jamais je ne n’arriverais à trouver la paix en persévérant dans ma condition de religieuse. Le Père Valcarcel s’est chargé de persuader la mère supérieure de me laisser revenir chez mes parents, le temps de voir clair dans la volonté de Dieu à mon égard. Ils ont demandé et obtenu la permission de l’évêque de Salamanque. J’ai été autorisée à repartir chez mes parents pour une durée limitée, au bout de laquelle je devais décider soit de revenir au couvent, soit de demander une dispense de mes vœux auprès de la Curie Pontificale romaine.
A l’annonce de cette décision, les miens sont venus me chercher aussitôt. Nous étions en mars 1974. Ce jour-là j’ai cru mourir. De toute ma vie, jamais je n’ai éprouvé une douleur aussi profonde, une souffrance aussi inexprimable. On ne m’a pas permis de dire au revoir aux chères sœurs que j’avais côtoyées pendant tant d’années. Avec deux autres religieuses, la mère supérieure m’a accompagnée jusqu’à la porte du couvent. Avec tristesse et froideur, elle m’a accordé sa bénédiction. Le bruit des clés tournant dans les serrures, et celui de la porte se refermant derrière moi, c’était plus que mon cœur ne pouvait en supporter. Je n’arrivais pas à croire ce qui m’arrivait: mon Seigneur bien-aimé me laissait partir. J’étais convaincue que je l’avais abandonné. N’était-il pas tout-puissant? N’aurait-il pas pu intervenir pour m’arrêter? Ne savait-il pas combien je l’aimais, et à quel point cette séparation me terrorisait? Où était-il donc en ce moment? Comme un feu dévorant au-dedans de moi, mon cœur criait: “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonnée?”
Pour que j’arrive à sortir, mes sœurs ont dû me soutenir, chacune d’un côté, car mes pieds ne me portaient plus. J’étais complètement vidée, incapable de parler; je ne savais que pleurer. On m’a emmenée à Madrid sous un ciel tout noir. Comme un torrent de larmes, la pluie voilait les contours du couvent, qui s’est rapidement effacé à l’horizon. Où donc était mon Dieu?
En proie à ma vanité et à mon péché, j’étais si aveuglée que je ne voyais pas les bras aimants de mon Seigneur qui m’arrachait à cette situation pour m’offrir le salut auquel j’aspirais tant! En Deutéronome 32:10-12, il est écrit: “Il l’a trouvé dans une contrée déserte, dans une solitude aux effroyables hurlements; il l’a entouré, il en a pris soin, il l’a gardé comme la prunelle de son œil, pareil à l’aigle qui éveille sa couvée, voltige sur ses petits, déploie ses ailes, les prend, les porte sur ses plumes. L’Éternel seul a conduit son peuple, et il n’y avait avec lui aucun dieu étranger.”

La vie à l’extérieur

Lentement, péniblement, je me suis adaptée à ma nouvelle existence dans le monde extérieur. J’étais déconnectée de tout et de tout le monde. Je me sentais agressée par les bruits ambiants, et par d’autres éléments normaux de la vie quotidienne. À vingt-sept ans, j’étais aussi immature qu’une adolescente qui n’a encore jamais affronté l’existence. L’habit, la règle, les usages conventuels, et les mélodies familières du chant grégorien ne m’offraient plus leur “protection”. La cloche ne retentissait plus pour me dicter ce que j’avais à faire. J’étais livrée à ma propre nature pécheresse, qui pendant toutes ces années avait été empêchée de se manifester par une façade de “bonnes œuvres” religieuses.
A bout de forces, je ne savais rien discerner, et j’étais incapable de me diriger. Insensée que j’étais, je m’imaginais que Dieu m’avait abandonnée. Je me suis alors rebellée contre toute règle, toute contrainte. Je ne pouvais même plus aller à l’église. Celle-ci ne m’apportait rien, sinon un tourment intérieur qui contribua à m’éloigner progressivement de toute pratique religieuse. Je ne pouvais plus aller à la messe, communier, ni me confesser. Je n’arrivais même plus à lire la Bible. Rien ne semblait avoir de sens, et tout me perturbait. Assez vite, je me suis mise à fumer, à boire, et à me vêtir de manière inconvenante. Je m’élevais contre ma propre conscience; le plus souvent, j’avais envie de faire ce que je savais être contraire à la loi de Dieu et à toute moralité.
Je n’avais pas perdu le désir de devenir infirmière. Cette fois, ma famille m’a aidée. J’ai dû aller dans une école d’infirmières à Barcelone, au nord-est de l’Espagne, loin de Madrid et de tous les miens. Je suis donc repartie une fois de plus, et j’ai commencé mes études. Elles me procuraient de grandes satisfactions, mais en même temps j’avais conscience de perdre la maîtrise de moi-même et de sombrer dans un état de profonde dépression.

Des mauvais conseils qui m’ont coûté cher

On m’a recommandé de consulter un psychiatre qui était également prêtre catholique. Malheureusement, ce remède devait s’avérer pire que le mal. Cet homme, investi d’une autorité à la fois professionnelle et sacerdotale, m’a poussée dans la direction la plus dangereuse que j’aie jamais connue. Je lui ai raconté mon parcours personnel, sans cacher que j’avais quitté le couvent. D’après lui, la “thérapie” dont j’avais besoin, c’était “d’être moi-même”. “Tout au long de votre existence, m’a-t-il dit, vous avez vécu dans le refoulement. A présent, il faut vous ouvrir. Permettez à vos instincts et à vos désirs de vous faire jouir des plaisirs de la vie que vous n’avez jamais connus. N’hésitez pas à mentir, ni à voler si vous en avez envie, mettez-vous en colère au besoin, faites l’amour, buvez, fumez (tout en dispensant ces conseils, il fumait avec entrain), prenez du plaisir avec des hommes, et ne restez pas le nez dans vos bouquins pendant le week-end. Sortez, et amusez-vous bien. Ne vous faites aucun souci, ne vous inquiétez pas de distinguer entre ce qui est péché et ce qui ne l’est pas. Si votre conscience vous tracasse, rejetez toute votre culpabilité sur moi, mettez-la sur mon compte.” “Mais, mon Père, ai-je dit, en faisant cela, j’irais contre la loi de Dieu.” “Arrêtez de vous faire du souci, a-t-il répondu, c’est pour votre bien, et cela fait partie du traitement.”
J’ai ainsi passé ces années à étudier et à “me remettre”, conformément à ces conseils, et cela m’a coûté très cher. Certes, je recevais une formation professionnelle, mais ma vie personnelle et spirituelle allait de mal en pis. Ma conscience devenait insensible.
J’ai passé un été à Porto Rico chez un de mes frères, et un autre en Angleterre. Je ne laissais passer aucune occasion de “prendre du bon temps”, ou de découvrir le monde. Ce fut un temps de vie dissolue, d’autodestruction.

Une audience chez le Pape

À la fin de mes études, quand j’ai obtenu mon diplôme, mes parents m’ont offert comme récompense un voyage en Italie, pour aller voir le pape à Rome. C’était en août 1978. Le prêtre dominicain qui m’avait aidée à quitter le couvent m’attendait à l’arrivée, mis au courant par mes parents. Il m’a fait visiter la “ville sainte” et m’a remis une carte donnant droit à une audience avec le Pape. A vrai dire, je n’avais aucune envie de m’y rendre, mais j’aurais craint d’offenser ce prêtre si j’avais refusé. J’y suis donc allée.
D’un bout à l’autre, j’ai trouvé que c’était un spectacle ridicule. Cette façon de vénérer et d’exalter un simple homme me faisait horreur. Je n’arrivais pas à comprendre l’enthousiasme des autres personnes du groupe. J’aurais voulu m’enfuir à cent lieues de là: pareille débauche d’adulation me faisait honte. Je n’ai pris aucune part active à la cérémonie, mais ce luxe, cette pompe, ces artifices et toutes ces paroles creuses me répugnaient et me semblaient être une insulte à Dieu. Je n’avais qu’une envie: rentrer chez moi au plus vite. À Assise, j’ai fait une confession générale pour essayer de me réconcilier avec Dieu. J’ai assisté à la messe. Mais cet accès de ferveur n’a pas survécu à mon retour en Espagne, où j’ai renoué avec mon ancienne vie.

De Porto Rico à la République Dominicaine.

Submergée par mes problèmes, je cherchais en vain un emploi stable comme infirmière. J’ai donc décidé de m’expatrier et suis allée à Porto Rico, où mon frère habitait depuis plusieurs années. Il m’a offert de m’accueillir chez lui et de m’aider, le temps de trouver du travail. Une fois de plus, le cœur brisé, j’ai quitté mes parents, mes amis, et mon pays.
Sur cette magnifique île antillaise, j’ai passé quelques mois difficiles. J’ai essayé de trouver du travail et d’obtenir un permis de séjour définitif auprès des autorités américaines. Une bureaucratie compliquée a rendu ma démarche plus difficile que ce que les services d’immigration m’avaient donné à penser. Je n’avais plus le droit de prolonger mon séjour en territoire américain, au moins provisoirement. Dans mon désespoir, j’ai songé à rentrer en Europe, n’importe où, et à rejoindre quelque groupe de marginaux pour me perdre avec eux, peut-être pour mourir. À quoi bon continuer la lutte? J’étais “au bout du rouleau”.
Se doutant des projets que j’avais en tête, mon frère m’a proposé de chercher du travail en République Dominicaine. Il était sûr que j’y trouverais un emploi, car le pays manquait d’infirmières. Pendant ce temps, il allait poursuivre les démarches qui me permettraient éventuellement d’obtenir un permis de séjour définitif à Porto Rico.
Sans grand enthousiasme, j’ai accepté sa proposition et suis tout de suite partie en République Dominicaine. C’était en septembre 1978. A Saint-Domingue, je me suis rapidement fait quelques amis, et j’ai trouvé un poste plutôt satisfaisant dans une des meilleures cliniques de la ville. Ma situation était plus réjouissante, et j’avais retrouvé l’espoir. Dans cette clinique, j’ai fait pour la première fois la connaissance de chrétiens authentiques. Un couple m’a invitée à participer à une étude biblique et à assister au culte dans leur église. Un culte protestant, c’était une nouveauté pour moi, une occasion à ne pas manquer…

Convaincue de péché

Le samedi soir qui précédait cette invitation, je suis sortie pour dîner et pour danser avec un ami, un médecin divorcé qui avait vraiment envie de profiter pleinement de cette soirée. Ma conscience me disait d’éviter cet homme, mais dans ma rébellion et ma faiblesse, j’ai accepté le rendez-vous, avec l’intention de m’amuser, moi aussi, de mon mieux. Au petit matin, cependant, en traversant une rue j’ai entendu un “cocorico” strident. Un coq venait de chanter. On aurait dit alors qu’une épée me transperçait. Instantanément, j’ai pensé à Pierre et à son reniement de Jésus. Bouleversée, j’ai planté là mon soi-disant ami et me suis enfuie en pleurant, ne sachant pas où j’étais, mais levant les yeux au ciel pour implorer le secours et le pardon de Dieu. Du fond de mon cœur, j’ai crié à lui: “Sauve-moi! Aide-moi! Toute seule je n’y arriverai jamais. Sans toi je suis perdue, je t’en prie, pardonne-moi et sauve-moi!” A mon insu, le Saint-Esprit avait commencé à agir en moi, en me convaincant de péché.

Il m’a fallu demander mon chemin pour rentrer chez moi. À tous les sens du mot, j’étais perdue dans la nuit au milieu d’une grande ville. Mais maintenant, notre grand Consolateur était avec moi. L’heure venue, je me suis ressaisie et suis allée au culte auquel ce couple chrétien m’avait invitée. Il s’agissait d’une église baptiste fidèle à la Bible, récemment implantée, et qui avait pour pasteur un missionnaire américain du nom de Paul Joles. L’église se réunissait chez lui, dans son salon. A mon arrivée, c’était l’heure du cours biblique pour adultes, et le sujet du jour était: “Le Saint-Esprit”. Ce matin-là, Dieu poursuivit l’œuvre de conversion qu’il avait commencée pendant la nuit. J’ai enfin pu “voir” et comprendre ce qui était resté caché à mes yeux toutes ces années. Par sa Parole, le Christ m’a fait comprendre le plan du salut: “Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures; il a été enseveli, et il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures” (1 Corinthiens 15:3-4). J’ai été convaincue de péché par la Parole de Dieu qui nous confirme que tous, nous sommes pécheurs (voir Romains 3:23, et Esaïe 59:2). J’ai compris que le péché nous sépare de Dieu (voir Romains 3:26), et que cette séparation aboutit inéluctablement à la mort et à un jugement (Hébreux 9:27).
Mais le Seigneur n’a pas permis que j’en reste là. Il m’a montré qu’il y a une solution en Jésus-Christ. C’est lui qui a payé le prix de nos péchés, et qui est le chemin vers Dieu (voir 1 Timothée 2:5-6, et 1 Pierre 3:18). Le salut est le précieux cadeau que nous offre sa grâce (voir Ephésiens 2:8-9, et Jean 3:16). Quelle merveille que cette grâce de Dieu, offerte à tous ceux qui croient en Christ! Quelle merveille d’avoir été transportée des ténèbres dans son admirable lumière, d’être passée du péché au pardon, de la mort à la vie! Cette grâce m’a trouvée, moi la brebis perdue, la fille prodigue, et m’a ramenée dans les bras du Père. Dans son amour inconditionnel, le Père m’a accueillie.
Comment décrire ce qui s’est passé ce matin-là? Mon deuil a été changé en joie, alors que l’esprit brisé, je suis tombée aux pieds de Jésus. Comme la Samaritaine, j’ai été purifiée et abreuvée d’eau vive. Je suis passée par la nouvelle naissance qui donne la vie en Christ et une liberté qui m’était complètement inconnue jusqu’alors. J’ai compris le sens de cette parole de Jésus sur la croix: “Tout est accompli” (Jean 19:30). Jésus est l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde (Jean 1:29). Il est également notre souverain sacrificateur, notre grand intercesseur, et notre propitiation pour le péché, ce qui signifie qu’il a totalement effacé notre dette.
Le voile est tombé de mes yeux: j’ai compris que j’étais acceptée en Christ. C’était le Christ que j’avais tant désiré pouvoir connaître, aimer et servir. Il est Dieu selon les Écritures, et il nous a sauvés par son sang rédempteur, versé une fois pour toutes. Il est le Christ Jésus qui pour nous sauver n’a nul besoin que nous l’assistions au moyen de sacrements ou d’œuvres humaines, ni d’intermédiaires comme les prêtres ou les “saints”. Il offre gratuitement le salut par sa grâce parfaite et toute suffisante, à condition que nous mettions notre foi en lui.
C’est ainsi que j’ai commencé à faire mes premiers pas dans la vie nouvelle en Christ, à étudier la Bible, à recevoir le baptême biblique, et à donner un premier témoignage en public. J’ai écrit une longue lettre au prêtre qui m’avait jadis aidée à sortir du couvent, pour lui faire part de ma foi et de ma joie à être conduite par le Seigneur dans la vie nouvelle. Désormais j’appartenais à Christ, et non plus à une religion.

L’eau vive

Quand le pasteur qui le premier m’avait prêché la Parole de Dieu a été rappelé aux Etats-Unis, il m’a donné le meilleur conseil que j’aie jamais reçu: “Lisez votre Bible chaque jour, que vous en ayez envie ou non, parce que dans la Parole de Dieu vous trouverez tout ce qu’il faut pour persévérer et grandir dans le Seigneur. Vous y trouverez tout ce dont vous avez besoin.” J’ai fidèlement suivi ce conseil, et jamais je ne l’ai trouvé pesant, car j’avais constamment soif de mieux connaître les Saintes Écritures. Voilà comment je n’ai cessé de m’approcher de Dieu et comment j’ai pu connaître sa volonté dans ma vie. Chaque année, depuis ma conversion, j’ai lu la Bible d’un bout à l’autre. Quelle bénédiction inouïe!
Mon désir de connaître la Parole de Dieu était tel que je suis entrée à l’Institut biblique Quisqueyan à Saint-Domingue. Il avait été fondé par Larry Dobson, un missionnaire américain qui en était le directeur. Là, j’ai pu suivre un enseignement systématique de la Parole de Dieu. Ce fut un privilège et une joie d’étudier les principes et les doctrines bibliques dans une atmosphère à la fois saine et joyeuse.
Cette étude approfondie de la Bible m’a apporté une grande paix et un véritable équilibre émotionnel, et pourtant c’était un travail ardu. Mais cet effort était une joie et non un fardeau. Connaître la Parole de Dieu et y conformer ma vie, quelle source inépuisable de bénédictions! Je commençais à comprendre ce que voulait dire Paul quand il affirmait: “Ce n’est plus moi qui vis, mais Christ qui vit en moi” (Galates 2:20).
Jadis, quand j’étais religieuse, je voulais tout accomplir par moi-même. Je luttais pour devenir meilleure. J’avais voulu me sacrifier jusqu’au bout, pour faire des exploits, pour aider Christ à sauver les âmes perdues, et tout faire suffisamment bien pour gagner le droit d’entrer au ciel. A présent, tout a changé. C’est Christ qui a tout accompli pour mon salut, c’est lui qui me sauve. C’est Christ qui produit dans ma vie de bonnes actions que je fais par amour pour lui, et non plus pour tenter d’acheter sa faveur. “Car nous sommes son ouvrage, ayant été crées en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance, pour que nous les pratiquions” (Éphésiens 2:10). Quelle joie de découvrir cela! Merci, Seigneur!

Au service du Seigneur

Au cours de ma deuxième année d’études à l’institut biblique de Saint-Domingue, j’ai pris conscience d’un appel du Seigneur à me consacrer entièrement à son service. Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai cherché à savoir où le Seigneur voulait que je le serve. J’ai rendu visite à mes parents en Espagne, pensant que le Seigneur m’ouvrirait peut-être une porte dans mon pays natal. Ce ne fut pas le cas; je suis donc revenue à Saint-Domingue où j’ai commencé à réaliser un projet auquel je songeais depuis longtemps, mais qui n’avait pas encore pris forme. J’ai ouvert ma porte et mon cœur aux enfants abandonnés ou aux orphelins que je trouvais sur mon chemin. Avec l’approbation de mon église locale et celle du pasteur, je suis entrée dans ce ministère. Le “conseil d’administration” était composé de plusieurs couples de l’église.
Des enfants ont commencé à arriver chez moi de façon providentielle. Certains n’avaient que quelques mois; d’autres, quelques années. Au bout de trois ans, nous avions onze enfants. Les plus âgés avaient neuf ans. Nous avons connu des difficultés et des problèmes financiers. Nous avions aussi des combats spirituels, et parfois j’étais lasse de les assumer seule. Les attaques de l’ennemi se sont intensifiées; mais le Seigneur a pourvu généreusement à nos besoins, nous permettant de résoudre les problèmes et de poursuivre le travail. J’ai réellement pu expérimenter la véracité de cette parole: “Je sais en qui j’ai cru” (2 Timothée 1:12).

Dieu est fidèle

Il y a encore un point que j’aimerais aborder, car il peut sans doute aider certains à comprendre comment le Seigneur fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment, dans tous les domaines de la vie. Parfois, quand un catholique abandonne sa condition de religieux pour retourner dans “le monde” et se marie, beaucoup sont offusqués, et semblent croire que ses motifs étaient purement sexuels. Comme c’est triste!

Je voulais être entièrement consacrée au Seigneur. Le catholicisme parle des merveilles et des privilèges du célibat, comme si ce mode de vie conférait des honneurs et des vertus bien supérieurs à ceux de la vie conjugale. Mais après ma conversion à Christ, les Écritures m’ont fait comprendre combien cette doctrine et ces pratiques sont erronées.
Dès ses premières pages, la Sainte Bible nous enseigne que lors de la création, Dieu a vu que tout ce qu’il avait crée était bon, y compris l’homme. Mais la première fois où Dieu a dit qu’une chose n’était pas bonne, c’est quand il a vu que l’homme était seul! “L’Éternel Dieu dit: “Il n’est pas bon que l’homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui” (Genèse 2:18). Dans tout l’Ancien Testament, l’état de mariage est la condition normale de l’homme et de la femme. Dans le Nouveau Testament, dans la première Épître à Timothée, Paul explique qu’une des manifestations de l’apostasie est l’interdiction de se marier (1 Timothée 4:1-5). Quand Paul énumère les qualifications des anciens, il va de soi pour lui que ce sont des hommes mariés (1 Timothée 3:2).
Bien avant mon entrée au couvent, j’en étais arrivée à repousser toute idée de mariage. J’ai rompu alors avec un jeune homme que je fréquentais, de peur que cette relation ne fasse obstacle à mon amour pour Dieu. On m’avait appris que le célibat était un mode de vie plus pur, plus consacré, permettant de mieux servir le Seigneur. Tout cela paraît très noble, mais ce n’est pas conforme à la Parole de Dieu! Aucun homme, aucune institution n’a le droit de faire du célibat la condition obligatoire pour exercer un ministère dans l’Église. Dans la Bible, les serviteurs et les servantes de Dieu étaient généralement mariés.
Si quelqu’un décide de ne pas se marier, il faut que ce soit en toute liberté, et non sous une contrainte extérieure. Certes, on trouve des exceptions, le prophète Jérémie, par exemple. Mais c’est en raison d’un plan particulier du Seigneur pour lui: cela ne lui a été imposé par aucune institution, aucune autorité humaine. En revanche, c’était le cas dans les religions païennes et idolâtres de l’antiquité. Plus tard, l’Église catholique n’a fait que reprendre ces pratiques. Dans Matthieu 19:11-12, Jésus dit que celui qui décide de rester célibataire doit le faire librement, en réponse à une vocation particulière.
Depuis ma conversion, j’avais prié le Seigneur de m’accorder un mari chrétien, un homme de bien qui me protègerait et serait pour moi un chef spirituel dans ma nouvelle vie chrétienne. Année après année, je priais, attendant la réponse du Seigneur. Une femme seule n’a pas la vie facile, et elle manque de sécurité, surtout quand elle est loin de sa famille et n’a pas la protection d’une église ou d’une organisation missionnaire. Mais j’avais atteint la quarantaine, et j’étais responsable d’un orphelinat et de onze enfants. Ne fallait-il pas être fou pour épouser une femme dans une pareille situation? On aurait pu croire que je demandais l’impossible.
Mais Dieu est fidèle et plein de bonté. Une fois de plus, il m’a accordé une manifestation prodigieuse de son amour paternel. A plus de six mille kilomètres de Saint-Domingue, il m’avait préparé un époux. Un beau jour de janvier 1990, j’ai reçu une lettre d’un Américain inconnu, qui avait entendu parler de moi dans une église près de chez lui, dans l’Oregon. Des missionnaires lui avaient parlé de leurs visites en République Dominicaine. Veuf, il vivait seul depuis cinq ans. Le jour même, il a décidé de m’écrire. Il disait qu’il aimerait beaucoup faire ma connaissance. Nous avons échangé des lettres et eu quelques conversations par téléphone. Trois mois plus tard, il m’a rendu visite à Saint-Domingue. Je me rappelle les premiers mots que je lui ai dits à l’aéroport: “Bienvenue dans ma vie!”. Nous nous sommes profondément attachés l’un à l’autre. Assurés que nous étions dans le plan de Dieu, nous nous sommes fiancés. Deux mois plus tard, le 22 juin 1990, nous nous sommes mariés à Corvallis dans l’Oregon. Quelle joie, quelle bénédiction!
Mon mari est une manifestation de l’amour de Dieu dans le concret de mon existence. Il est pour moi une protection et un guide, un conducteur spirituel, l’expression de l’amour miséricordieux et tendre du Seigneur. Au travers de cette union, Dieu a transformé mon existence; il l’a abondamment remplie de joie, de sécurité, et d’une paix indicible. Voilà pourquoi j’ai tenu à mentionner cet aspect de ma vie personnelle.
Quand nous obéissons à la Parole de Dieu et à tout son conseil, nous sommes fondés sur “le roc”, nous goûtons la joie et la stabilité de la vie en Christ. Non seulement dans la vie présente, mais encore dans la vie du siècle à venir, nous le louerons avec ses anges et ses autres saints, pendant toute l’éternité. Car Dieu accomplit fidèlement ses promesses. (Jean 3:16 et Jean 5:24).
Pour conclure, permettez-moi de faire miennes les paroles de l’apôtre Paul en Romains 1:16-17: “Car je n’ai point honte de l’Évangile; c’est la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec, parce qu’en lui est révélée la justice de Dieu par la foi et pour la foi; selon qu’il est écrit: Le juste vivra par la foi.”

Témoignage de Rocio Pestana Segovia (Zwirner)

One thought on “Du désespoir à l’espérance”

  1. je suis de la cote d’ivoire,je me nomme séraphin yeboua,catholique pratiquant engagé,mais ma vie chrétienne n’est pas stable,j’ai eu le désir de tout abandonner le chemin mauvais que j’ai emprunter.l’année passer j’ai l’intention de rentrer dans une communauté religieuse devenir prêtre de JÉSUS CHRIST et mon curé de paroisse m’empêchait d’y intégrer et cela ma beaucoup toucher . je veux des conseilles auprès de vous.j’ai 36 ans de la cote d’ivoire.

Comments are closed.